Selamnesh Zéméné est née sur les plateaux de Gondar, une des anciennes capitales de l’Éthiopie antique, et vit aujourd’hui dans la vibrante Addis-Abeba. Elle ne parle pas français et pas encore vraiment anglais, et pourtant cette jeune chanteuse déploie son énergie foudroyante avec le Badume’s band aux quatre coins du monde depuis 2008 ! Comment une star des cabarets azmaris éthiopiens a-t-elle fini par faire partie d’un groupe breton ?

Comme tous les contes de fées, l’histoire commence par « il était une fois… ».

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Selamnesh & Badume’s Band
Il était une fois…

Il était une fois un dénommé Francis Falceto, programmateur du Confort Moderne à Poitiers, qui en 1984 tombe sur un vinyle de la star éthiopienne, Mahmoud Ahmed. Il décide alors de partir en Éthiopie pour rencontrer le crooner. Depuis, « l’archéologue musical » a rapporté des centaines de pépites musicales éthiopiennes en Occident, publiées dans la collection Ethiopiques qui aura poussé de nombreux groupes occidentaux dans la marmite éthiopienne. 

Sa fabuleuse collection a fait des adeptes dans le monde entier, dont Jim Jarmush (qui a choisi un titre de Mulatu Astatke sur la B O du film Broken Flowers), Patti Smith, Elvis Costello, John Zorn et … la mère d’Antonin Volson, futur membre fondateur du Badume’s Band (mais ça, il ne le sait pas encore). Il se trouve donc que la mère d’Antonin Volson est l’amie de Bertrand Dupont, patron du label Innacor et fondateur de La Grande Boutique, un lieu culturel atypique à Langonnet en Bretagne. Bertrand – qui deviendra le manager du groupe (mais ça, il ne le sait pas encore) avait mis la main sur une cassette de Falceto…qui est passée de main en main jusqu’à arriver aux oreilles d’Antonin. Vous suivez toujours ? 

« Ça c’est passé à peu près comme ça, confirme Antonin Volson, batteur et bassiste de Badume’s Band. Au début, on reprenait les morceaux de cette cassette qui avait circulé entre Poitiers et la Bretagne. C’était une compil’ sur laquelle il y avait notamment une incroyable version du Tezeta de Seyfou Yohannes et des titres de Mahmoud Ahmed que notre ancien chanteur, Éric Menneteau, avait réussi à apprendre ! »

Très vite, le groupe tourne en Bretagne avec un répertoire funky qui intègre les grooves éthiopiens. Et pour participer au festival de clarinette de Glomel, il invite Aklilu Zewdi, clarinettiste et directeur de la Yared school d’Addis Abeba. Aklilu est très impressionné par l’aisance avec laquelle ces jeunes musiciens digèrent les influences traditionnelles et marient les allers-retours afro-américains avec leur folklore et les thèmes éthiopiens. « En tant que Bretons, comme les Éthiopiens, on a une facilité à manier tradition orale, à assimiler l’ornementation, et à organiser la musique pour faire danser. Comme en Éthiopie, chez nous, le musicien n’a pas un statut privilégié, il doit faire le job et être efficace ! » explique Antonin.

Un groupe breton fan d’éthio-jazz…

Cette « efficacité » du Badume’s plait beaucoup au clarinettiste Akilu Zwediqui raconte son concert mémorable, avec ce petit groupe français atypique, à l’immense Mahmoud Ahmed (souvent considéré comme le James Brown éthiopien). Francis Falceto, alors manager de la star éthiopienne, lui en touche aussi un mot et réussit à le convaincre de venir chanter avec ces jeunes Bretons. Le même Falceto va aussi connecter les Toulousains du Tigre des Platanes à la chanteuse Eténesh Wassié -la tante de Selamnesh, mais également le groupe parisien Akale Wube au chanteur Girma Bèyènè, et le furieux saxophoniste Gétatchèw Mèkurya au groupe Hollandais The Ex

Et quand le roi Mahmoud Ahmed rejoint finalement le Badume’s Band sur scène, c’est le coup de foudre. Mahmoud enchaîner les tournées avec eux. « Pour nous, c’était complètement fou, raconte Antonin. On n’avait encore jamais mis les pieds en Éthiopie, et on voit débarquer notre idole pour un concert ! Avant de le rencontrer, on avait mangé toute sa musique et décortiqué des dizaines de morceaux et des gigas d’enregistrements, mais on a tout appris avec lui sur le tas de manière très instinctive. Il était très bienveillant. Tout a toujours été très simple avec lui. En se baladant sur scène, il corrigeait un bout de riff au creux de l’oreille ou bien il nous faisait un signe dans le dos pour asseoir le tempo. » 

Finalement, le groupe débarque enfin en Éthiopie pour un concert en 2008. « Même après tant d’années à s’être jetés comme des affamés sur tout ce qu’on pouvait trouver comme sons, images, ou littérature sur l’Éthiopie, une fois arrivés là-bas, c’était quand même un choc : les lumières, les sons, les odeurs, la ville la nuit. C’était intense. On a dormi le moins possible et on a fait le bœuf un peu partout, on a été très bien accueillis ! » 

Badume’s Band & Selamnesh Zéméné en live
Et une chanteuse éthiopienne explosive 

C’est pendant ce voyage que le groupe rencontre la jeune chanteuse Selamnesh Zéméné, au Fendika, un cabaret d’Addis dans lequel elle chante régulièrement accompagnée d’instruments traditionnels à cordes, comme le masinko ou le krar, mais aussi d’un clavier et d’une batterie. 

Au Fendika, haut lieu de rendez-vous des azmaris (bardes populaires éthiopiens), ce qui doit faire la différence pour une chanteuse, c’est son énergie capable de faire bouger les danseurs et sa capacité à improviser des textes poétiques ou persifleurs qui commentent la soirée, l’actualité ou l’amour avec plusieurs niveaux de lecture. Des talents qui font de Selamnesh une star chez elle ! Alors, quand Mahmoud Ahmed est bloqué aux États-Unis dans les méandres des demandes de visas, Selamnesh importe son art et sa fougue, au pied levé, pour une tournée avec le Badume’s Band. Puis, elle les rejoint naturellement sur leur deuxième album Ale Gena paru en 2010 chez Innacor. On la retrouve aussi sur d’autres projets américains, avec le Debo Band ou The Nile Project. 

Mais après plus de 8 années de tournées avec le Badume’s Band, à se comprendre au-delà des langues et des traductions, Selamnesh a désormais pris une place à part entière dans le groupe breton qu’elle mène avec une énergie et des ressources hors du commun ! 

© Nina Ali

Enregistré sans cuivres mais avec des guests au guembri et aux percussions, Yaho Bele, leur dernier disque, les propulse vers un son plus rock, qui traduit toujours la fièvre que le groupe déploie en live et l’osmose entre ces musiciens qui ont inventé leur propre langage. Leur grammaire revisite toujours les thèmes éthiopiens, avec la rythmique d’Antonin Volson (batterie, basse et contrebasse) et du guembri de son frère Jonathan, mais Rudy Blas (guitariste du Badume’s et aussi du groupe de rock Magma !) dépasse désormais son rôle de rythmicien, pour coller aux envolées mélodiques planantes de la chanteuse, et lui proposer aussi des réponses en solos, comme des échos électriques de celles que produisent habituellement les instrumentistes traditionnels (masinko ou krar) ou les cuivres qui sont absents de ce disque. Là, on commence pied au plancher pour partir vers des contrées inexplorées.

« Au début on marchait sur des œufs, explique Antonin. Personne n’osait empiéter sur le terrain de l’autre, puis Selamnesh a compris qu’elle pouvait nous diriger dans un dédale de nuances et emmener le public très loin sans même parler notre langue ! Elle a une gestion de l’énergie exceptionnelle tout en restant très discrète, très à l’écoute. Pour enregistrer cet album, elle est arrivée un matin, sans un mot, en robe de chambre et en charentaises… et comme toujours, en attaquant le micro, elle nous a réveillés d’un coup ! » Habité par la fièvre de la scène, le Badume’s promet donc encore de nous surprendre et surtout de nous mettre debout…

Yaho Bele / Say Yeahhh, maintenant disponible.

Selamnesh Zéméné et le Badume’s Band seront en concerts en France :

  • 27 octobre à Paris (Studio de l’Ermitage)
  • 28 octobre à Rennes (Ubu)
  • 29 octobre à Brest (espace Vauban)
  • 30 octobre à Langonnet (La Grande Boutique)
  • 31 octobre Les Angues-Gern (56)

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