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Peintre, photographe, danseuse, chanteuse, vidéaste, designer ou calligraphe… Début 2020, dix jeunes artistes, originaires de pays en partie traversés par le Sahara ont participé à une résidence d’une semaine artistique, aux portes du désert, dans la région de M’Hamid El Ghizlane, au Maroc. 

Tunisie, Algérie, Égypte, Libye, Mali ou Soudan… La plupart d’entre eux ne se connaissaient pas et ne s’étaient jamais rendus dans le désert auparavant. Le Sahara est un territoire géographiquement proche de leurs régions d’origine, mais souvent lointain dans leurs perceptions. Au cours de longues sessions de travail, ils ont été invités à imaginer ensemble, sous l’égide des commissaires Maïa Hawad, Anna Labouze et Keimis Henni, une exposition.
Hôtel Sahara a ouvert ses portes en juin, et sera visible jusqu’au 2 octobre 2021, aux Magasins Généraux BETC à Pantin, Paris.

« La résidence nous a permis de réduire la distance entre nous et les artistes, entre les artistes eux-mêmes, et de se mettre en présence du sujet », explique le binôme de curateurs Anna Labouze et Keimis Henni. « Les artistes présentés ont des médiums et des compétences très différentes. Ces sept jours et sept nuits ont permis d’initier des collaborations complémentaires, que l’on retrouve aujourd’hui dans cet accrochage collectif. »

Le Sahara, un territoire « empêché »

« Le choix du lieu de résidence s’est fait, par défaut, aux portes du Sahara. En même temps, cette incapacité, cet empêchement géographique expriment une partie des problématiques liées à ce territoire » nous explique Maïa Hawad, philosophe, chercheuse indépendante et commissaire scientifique de l’expo Hôtel Sahara. « Le Sahara est en zone rouge, officiellement déconseillée aux voyageurs. Cet espace géographique, qui se situe pourtant au cœur d’enjeux globalisés, de l’extraction d’hydrocarbures jusqu’à ses grands flux migratoires (qui concernent l’Europe en première ligne), ne peut s’observer qu’à partir de ses rives, par son pourtour, par défaut. » Un empêchement qui se double d’un effet de loupe déformante. 

Et Maïa Hawad de poursuivre : « Aujourd’hui en France, le Sahara est encore pensé dans son vieux tracé colonial, à travers le Sahara central ». Or la réalité humaine du Sahara se déploie de l’Afrique de l’Ouest jusqu’au Sinaï, en Égypte. Aussi, les artistes sélectionnées pour le projet reflètent cette multiplicité territoriale, ils viennent raccommoder cette géographie brisée. Hôtel Sahara ouvre une réflexion commune, multisituée, pour comprendre les relations avec cet espace. D’autant qu’il s’agit d’une relation en absence. Comment un territoire peut-il disparaître des histoires nationales, personnelles ? Et qu’en reste-t-il ? »

Les dunes ? Le sable ? Le tourisme d’Oasis, Tintin au pays de l’Or noir ou même plus récemment Mad Max Fury Road ? Autant de motifs occidentaux, de clichés d’une carte postale complètement fantasmagorique qui recouvrent les réalités vécues par les populations sahariennes : « Se rendre aux portes du Sahara nous a permis de nous confronter aux projections européennes liées au Sahara » poursuivent les commissaires Anna Labouze et Keimis Henni. « Parce que la réalité du Sahara est une réalité empêchée. D’ailleurs, les artistes n’ont pas empoigné le réel saharien. Ils et elles se sont débattus entre des projections et ce qu’ils pensent être la réalité du Sahara. Ils et elles l’ont effleuré, en abstraction, en poésie, en modélisation 3D. Les artistes sont partis dans les marges, à la recherche de nouveaux imaginaires. Le titre de l’exposition Hôtel Sahara n’exprime-t-il pas lui-même l’idée d’un voyage empêché ? »

« Une nouvelle génération créative, pour de nouvelles formes de dialogue »

Les œuvres présentées témoignent également des fractures personnelles et affectives des artistes dans leur relation à ce territoire absent. « Famakan Magassa vit et travaille à Bamako. Il n’a jamais mis les pieds au nord du Mali, comme beaucoup d’autres citoyens maliens d’ailleurs » explique Maïa. Le jeune peintre a justement travaillé sur la takamba, une musique ainsi qu’une danse partagée par les populations songhay et touarègues. Famakan a réalisé trois œuvres grands formats, à partir de vidéos et d’enregistrements de Takamba qui circulent eux, librement sur YouTube ou WhatsApp. « Je me suis beaucoup documenté auprès des musiciens ainsi que des danseurs qui pratiquent la Takamba à Bamako », nous a confié l’artiste, résident en 2021 au sein de la Cité internationale des arts à Paris. À travers ces trois pièces monumentales, réalisées in situ, au sein des Magasins Généraux, le jeune artiste tente de dépasser la scission nomade-sédentaire, pour réconcilier deux groupes de population, séparés d’un territoire qui leur est pourtant commun.

Pour Hôtel Sahara, la jeune vidéaste et performeuse d’origine marocaine et algérienne Sara Sadik a elle, exploré un Eldorado imaginaire aux portes du désert. À travers de courtes vidéos d’un voyage de deux jeunes d’origine marocaine et leur groupe d’amis, elle propose La Puissance. Une installation où les représentations de l’appartenance, le rap français et la fierté identitaire se télescopent dans de courtes vidéos stories, inspirées de l’application Snapchat. « Le Sahara est étudié depuis ses marges et depuis l’Europe. Mais la production de savoirs de ce territoire, tout comme ses expressions artistiques, ne sont pas condamnées à l’exogénéité » commente Maïa. Pour la chercheuse, au-delà des habituelles approches ethnomusicologiques ou des tentations pop-orientalistes, il faut imaginer des tierces voies pour faire entendre le territoire saharien : « ces troisièmes voies n’existent pas encore, mais elles sont à inventer. Un renouveau critique est possible, il se fera de l’intérieur, mené par les habitants du Sahara. Seule une nouvelle génération créative pourra engager de nouvelles formes de dialogue. »

Elle est peut-être contenue en graine, ici, aux portes d’Hôtel Sahara.

Hôtel Sahara, jusqu’au 2 octobre aux Magasins généraux 1, rue de l’Ancien Canal, 93500 Pantin (France).

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