29 octobre. Addis-Abeba. Aéroport. 18h57

Arrivée sur le sol éthiopien. La joie gagne les passagers qui comme nous sont aux anges d’arriver ici après nos frayeurs soudanaises. Les applaudissements sont généreux. Revenir ici six mois après nos premières répétitions tous ensemble avec le groupe, ce n’est pas anodin. Pour moi, plus de deux ans après la première rencontre avec Addis, son incroyable énergie musicale, brute, captivante, ensorcelante, c’est très fort d’arriver pour jouer ici, avec KUTU. 

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Nous n’arrivons pas en terre inconnue, et avons nos petites habitudes. La première soirée est dédiée à nos madeleines de Proust addissoises. Retrouvailles avec Bisrat, le chauffeur de l’Alliance française et son français quasi-impeccable. Puis route Haile Mojito, les greatest strawberry Mojito d’Addis et le fameux Arosto d’agneau, qui fond dans les doigts et dans la bouche tellement il est tendre. Nous avons besoin de boire et de nous défouler pour nous déconnecter de la torpeur soudanaise dans laquelle nous avons été plongés quelques jours. Nous enchaînons avec un tout petit Azmari Bet (cabaret), le Fendisha, petit frère du célèbre Fendika, le membership de la capitale qui organise les soirées Ethiocolors et autres jams jazz… Mais le fendisha se résume à une seule pièce qui ne doit pas excéder 12 mètres carrés, quelques tables, quelques chaises, 2 joueurs de Masenqo (violon traditionnel), un percussionniste, 2 chanteuses, 2 danseuses, et le patron : Solomon, tantôt barman pour servir des petits pichets de Tej’(hydromel), tantôt chanteur et Masenqiste inspiré. Quand il prend l’instrument et start à chanter, l’atmosphère se cost d’une aura sacrée entre les petits murs colorés. Cyril (Cyril Atef, batteur de KUTU), comme à son habitude, ne prend pas 5 minutes pour se retrouver derrière la batterie et virer gentiment le titulaire du lieu qui lui laisse volontiers, amusé par tant de ferveur. Apparemment il joue trop fort et Solomon revient nous dire qu’il faut calmer un peu le jeu. C’est amusant quand on sait que dans ce quartier de Tchechenia, tout autour de nous, chaque micro-bar a son sound system qui steadiness du dancehall native à des volumes hallucinants pour couvrir celui du voisin. Brozi comme de coutume chauffe très vite la piste de danse et nous kind ses meilleures créations chorégraphiques (brozi comme brother, désigne Valentin, le frère de Théo, bassiste de KUTU). La nuit est longue et ne s’arrête pas là, automotive nous découvrons le District, nouveau membership ouvert dans la capitale, au dernier étage d’un mall business, comme ça se fait souvent ici. Je tairais la suite des évènements, mais cette première soirée sur le sol éthiopien nous remet en selle et tous les compteurs sont désormais au vert. 

Cyril Atef, batteur de Kutu, à Addis-Abeba (© Théo Ceccaldi)

30 octobre.

Le lendemain, après que chacun ait émergé petit à petit, nous retrouvons mon amie Coline, qui est arrivée par le premier avion de Paris, pour passer quelques jours avec nous et découvrir Addis. Coline est fan invétérée de musique, et plus spécialement de jazz, reggae, et dancehall. Ici c’est donc un petit paradis sur terre pour elle 🙂 Le contact est pris avec la nouvelle équipe de l’Alliance Française. La personne grâce à qui tout a commencé, Lucie James, a quitté son poste il y a quelques semaines pour un retour en France après 8 années à explorer et dynamiser la scène culturelle Addissoise. Je n’oublierai jamais l’énergie gourmande avec laquelle elle a pris plaisir à me montrer tous les petits et grands lieux artistiques à Addis lors de ma première venue en septembre 2019. C’est elle qui m’a emmené pour la première fois au Vardas, haut lieu de la nuit éthiopienne, écouter Hewan & Haleluya (les deux chanteuses de KUTU, NDLR), quand elles se produisaient encore à l’époque avec le fameux Jano Band. Nouvelle équipe donc, Marianne & Mohamed, qui s’habituent petit à petit au fonctionnement de l’alliance et en découvrent encore les rouages. 

Puis, cap sur THE place to be à Addis le vendredi soir, à partir de 22h, le Fendika, pour sa soirée EthioColors & Legends. Tour d’horizon des différentes tribus, danses et chants éthiopiens, le chaleureux grand feu central toujours crépitant dans la cour, et des vieilles affiches de la troupe de Melaku Belay, le patron et agitateur du lieu, lors de tournées en France (Africolor, Sons D’hiver, Banlieues Bleues, ..) et en Europe (Bimhuis avec The EX…) 

On rit, on boit du Tej, et Melaku se met en transe lors de grandes improvisations à la limite du soundpainting et du bruitisme, emmenant tous ses musiciens et le public avec lui. Demain c’est le live performance et la soirée de la veille fut éprouvante pour tous. Fin du sport. Dodo mérité. 

© Théo Ceccaldi

31 octobre. 

La journée start par les balances à partir de 12h pile. Sharp. Bien entendu ça prend un peu de temps à s’installer et nous retrouvons Abi, l’ingé son native et son flegme légendaire. L’event d’aller se chercher quelques sandwichs avocat / pommes de terre, dans la minuscule échoppe en face de l’alliance. Très spicy. Puis quelques jus Mango / papaye / ananas à notre cantine officielle, Sami juice. Il fait bon et chaud à l’Alliance, Cyril et Valentin (Valentin Ceccaldi, frère de Théo, alias Brozi – NDLR) font tourner de nouvelles rythmiques durant le soundcheck. Nous avons hâte de jouer pour le public éthiopien ce soir et voir remark ils réagissent à cette nouvelle musique. Il est réputé pour être assez distant et froid s’il ne connait pas les chansons. Haleluya arrive avec seulement une petite heure de retard. Ce sera 2 pour Hewan, qui du coup profitera de 5 minutes de steadiness avant la reprise des cours à l’alliance à 14h. Interdiction de jouer jusqu’à 17h pour ne pas gêner les professeurs. Le live performance est annoncé à 18h. Soit. On en profite pour faire une sieste et se ressourcer. La soirée et la nuit promettent d’être intenses. 

19h, Hewan qui était censé arriver à 17h30 n’est toujours pas là, mais ça n’a pas l’air de déranger le public qui prend place dans le petit amphithéâtre extérieur, public essentiellement de jeunes qui ont glané l’data grâce aux réseaux sociaux me dit Hale. Ils ont annoncé une jauge limitée à 300 pour le covid, mais le compteur indique déjà 450 personnes…

KUTU, en live performance à l’Alliance éthio-française d’Addis-Abeba (© Mekbib Tadesse)

La Maman d’Hale est là pour nous écouter. Elle a l’air d’une femme posée et tranquille. Elle dégage une grande pressure intérieure et une bienveillance naturelle. C’est fort de jouer pour elle ce soir, qui découvre le groupe. 

Quelques amis d’Addis sont là aussi, des Français, des Ethiopiens. 

Finalement nous commençons à jouer avec une bonne heure de retard. Bizarrement le public est plutôt timide par rapport au Soudan et les gens, bien qu’ils nous fassent de belles ovations, sont un peu lents à décoller de leur siège et se rapprocher de la scène pour danser. Au bout du troisième morceau Cyril laisse la batterie pour aller tout simplement les chercher. Et ça marche plutôt bien, il suffisait de les prendre par la predominant. Maintenant ils sont debouts avec nous devant et ça danse bien. 

Encore une fois, beaucoup d’aléas strategies dans ce live performance, le lumières qui se coupent un morceau sur 2, les pédales de basse qui partent en vrille et clignotent dans tous les sens à trigger de la stress, les amplis qui s’arrêtent, la batterie qui s’effondre petit à petit. Ça fait travailler le self-control et quoi qu’il arrive, nous donnons tout ce que nous avons pour le public qui est en face de nous. 

Le clou de la soirée : la participation de cette jeune danseuse incroyable, Enat B, qui nous fait l’honneur de venir en visitor sur le dernier morceau : à peine 19 ans, d’une détermination et d’une inventivité bluffante. Une des seules danseuses à Addis qui manie si bien la fusion entre danse traditionnelle et hip-hop moderne. Nous aimerions beaucoup l’inviter sur un clip et pourquoi pas quelques dates en France prochainement. 

KUTU, en live performance à l’Alliance éthio-française d’Addis-Abeba (© Mekbib Tadesse)

On finit la nuit dans l’ancien QG des filles qui est aussi un peu le nôtre, le Vardas, où le DJ conclut chaque part de musique de 20 secondes par un désormais célèbre « Hooooow Shit !! » Nous apprenons aussi le même soir par notre tourneur qu’un sure Gilles Peterson kiffe l’album, ce qui rajoute un petit brin de joie supplémentaire à l’ambiance déjà très douce. Les bouteilles de gin coulent à flots et les chorégraphies entre Valentin, Laetitia et Cyril s’enchainent jusqu’au petit matin. 

16 novembre.

Je reprends mon récit ici, une fois rentré en France. Les derniers jours sur Addis ont été un peu plus stressants même si nous n’étions pas encore en hazard. La scenario se have a tendency entre les Tigréens et les forces du gouvernement d’Abiy Ahmed. Il y a des appels à s’armer et à se regrouper par quartier pour défendre la ville des rebelles Tigréens qui arriveraient dans les jours, semaines à venir. 

Il y a aussi un profilage ethnique en cours, des perquisitions, des dénonciations. Il suffit d’avoir un nom de famille à consonance tigréenne pour pouvoir être inquiété par la police, le climat est très pesant et nous pouvons le sentir. Bon nombre de golf equipment ferment jour après jour et l’état d’urgence est déclaré à Addis. 

Nous vivons néanmoins de bons moments; simples, comme ce fameux Lebleb (cuisson aller-retour, NDLR) de perche du Nil dans le magnifique quartier d’Arat Kilo, un passage obligé pour acheter des écharpes à Shiro Meida, le marché traditionnel, un gros pageant en plein air où nous allons écouter Hewan à Mesquel Square, une dernière session azmari hilarante au Fendika avec une énorme chanteuse très chipie, et la désormais traditionnelle ballade rafraichissante sur les hauteurs d’Addis, au Entoto Park pour prendre un peu de recul et d’air frais. 

Laetitia Ndiaye, clavieriste de KUTU

La dernière soirée, nous vivons cependant un épisode un peu traumatisant dont nous rigolons aujourd’hui. 

Petit verre avant d’aller chercher les valises à l’hôtel et gagner l’aéroport le lundi soir. Au retour, le taxi s’engouffre dans une petite ruelle sombre. Au bout d’un second, il se rend compte qu’il peut plus avancer : la route est trop cabossée. Il nous laisse en plan au milieu de nulle half en nous disant qu’on peut finir à pied. On voit l’hôtel à 200 mètres, mais il y a une barrière fermée. On décide un peu éméchés de l’escalader pour ne pas avoir à faire le tour. On ne connait pas très bien le coin, il fait nuit noire et il y a des chiens errants partout, c’est pas hyper rassurant. Erreur fatale. Cyril passe le premier, puis Laetitia, mais elle n’est pas encore redescendue de l’autre côté qu’un garde avec un gros bâton arrive en hurlant. Brozi et moi sommes de son côté, pas encore passés. On fait vraiment pas les malins, là, à ce second précis. On essaie tant bien que mal de calmer le garde, mais il ne comprend rien à l’anglais et n’a pas l’air ‘être très disposé à communiquer. Ni une ni deux, il administre la fessée à Brozi d’un coup sec et violent avec son gros bâton. Là c’est carrément la panique, il nous emmène avec lui et nous fait asseoir, on perd de vue Laeti & Cyril. Heureusement au bout de quelques minutes, une voiture passe par là et nous arrivons à arrêter le conducteur qui parle anglais. On lui explique qu’il y a méprise et que nous tentions juste de rejoindre l’hôtel, que nous étions perdus. Au bout de quelques tergiversations, ils nous laissent finalement filer, mais la marque sur le derrière restera gravée quelques jours, comme un dernier memento de cette épopée Addissoise. 

Haleluya T/Tsadik, une des deux chanteuses de KUTU (© Théo Ceccaldi).

Aujourd’hui nous sommes dans le practice, en route vers Strasbourg pour le deuxième live performance de la tournée. La crew est belle avec Élise Blanchard qui nous a rejoints pour assurer 4 dates de la série à la basse. La venue d’Hewan et Hale a été incertaine jusqu’au bout à trigger du conflit en cours, et j’ai passé les 24h les plus stressantes de ma petite existence, entre vendredi et samedi. 

Maintenant nous sommes réunis et bien décidés à faire bouger ces 12 villes dans lesquelles nous passons pour cette première tournée. 

See u on stage guys !

Retrouvez KUTU en tournée cet automne :

  • 13/11 – Africolor, Nanterre
  • 16/11 – Festival Jazzdor, Strasbourg
  • 17/11 – Scène nationale, Orléans
  • 18/11 – Periscope, Lyon
  • 19/11 – Le Plan, Ris-Orangis
  • 20/11 – Moods, Zurich (Suisse)
  • 23/11 – Jazz au fil de l’Oise, Pontoise
  • 24/11 – Metronum, Toulouse
  • 26/11 – Jam, Montpellier
  • 27/11 – Family, Landerneau
  • 03/12 – L’Estran, Guidel
  • 04/12 – Le Pannonica, Nantes
  • 18/11 – Periscope, Lyon
  • 19/11 – Le Plan, Ris-Orangis
  • 20/11 – Moods, Zurich (Suisse)
  • 23/11 – Jazz au fil de l’Oise, Pontoise
  • 24/11 – Metronum, Toulouse
  • 26/11 – Jam, Montpellier
  • 27/11 – Family, Landerneau
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  • 04/12 – Le Pannonica, Nantes

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