Ojûn glisse ses abilities de multi-instrumentiste entre subject recordings et orchestrations électroniques pour rendre hommage à La Réunion, l’île qui l’a vu grandir. PAM vous invite à écouter un titre en avant-première en lisant cette interview.

Quand il s’agit de parler musique et multiculturalisme, Guillaume Chartin n’est pas du style à se cacher. Passionné d’ethnomusicologie, cet artiste studieux a monté le projet Ojûn -qui signifie chamane en langage Yakoute- comme un prétexte pour raconter ses voyages en musique. Habité d’une certaine nostalgie, le Breton est donc retourné à La Réunion pour marcher sur les traces de son enfance, avec dans son sac à dos, de quoi enregistrer les murmures de l’île intense. Au-delà de ses fidèles compagnons que sont la guitare et clarinette, Ojûn n’hésite pas à injecter et triturer des sonorités d’devices réunionnais et du monde dans l’univers expérimental dense, direct et mélodique de Bat Karé. Pour lui donner un côté encore plus mystique et néanmoins palpable, il revendique la pratique du subject recording comme étant le cœur même du projet, captant les bruits de la rue ou les sons offerts par la nature environnante pour les dissimuler dans des compositions organiques alors riches en sens. Dialogue autour de ce carnet de voyage sonore et en particulier du morceau « Tout Monde », qu’il nous suggest d’écouter en exclusivité.

Ojûn – Tout Monde

Tu as grandi à La Réunion. Est-ce la raison
pour laquelle tu as décidé d’y retourner pour ce projet ?

Oui
effectivement j’ai grandi à Saint Pierre jusqu’à mes sept ans, c’est une
expérience qui m’a profondément marqué. Je n’ai depuis jamais cessé de nourrir
la ardour que j’ai pour la tradition réunionnaise que ce soit à travers la
musique, la gastronomie, ou l’histoire ! Lorsque le souhait de créer un album
sur la route est venu, c’est donc assez logiquement que je me suis mis en tête
de revenir à l’âge adulte sur ce territoire où mes premiers souvenirs sont restés.

Bat
Karé
est-il donc une sorte d’hommage ?

Oui, j’étais
également mû par l’envie de rendre un hommage à ce territoire où le vivre
ensemble et le multi culturalisme n’est pas un mythe puisqu’il se vit et
s’observe tous les jours. Cela correspondait donc bien à mon propos artistique
qui est de parler de la créolisation du monde.

On y parle de Subject Recordings. Quel style
de sons peut-on retrouver dans tes compositions, au-delà des interludes très
explicites ? Qu’es-tu allé chercher ?

J’ai utilisé
le subject recording comme une manière de rester en contact avec la réalité que
j’ai vécue, de me centrer, mais aussi comme une manière de construire un récit.
Bien que ma musique soit instrumentale, et donc qu’il n’y ait pas de texte
auquel se raccrocher, il me paraissait essential de contextualiser cette
création afin d’inviter les gens à se balader si n’est physiquement au moins
psychologiquement. Dans mes compositions j’ai utilisé le subject recording de
manière plus ou moins explicite. Dans la chanson « Gran Merkal » par
exemple nous pouvons entendre des oiseaux enregistrés à Cilaos lors d’une
randonnée que j’ai faite au piton des neiges. Sur d’autres compositions il
faudra d’avantage tendre l’oreille pour entendre ces enregistrements
extérieurs. Par exemple sur la chanson « Anamorphose »,
l’introduction begin sur les enregistrements du vent et de la mer à Etang
Salé. J’ai volontairement mis ces sons en arrière dans le combine afin qu’ils ne
soient presque plus reconnaissables. L’objectif était avant tout de ne pas trop
définir afin de laisser la porte ouverte à toutes les interprétations !

Je trouve ta musique très mélancolique.
Peut-on parler de nostalgie ou est-ce simplement le sentiment que l’île
t’encourage ?

En composant
cet album, j’étais dans une période de vie assez particulière où j’avais besoin
d’extérioriser pas mal d’émotions qui me chagrinaient. Et puis je suis revenu à
l’âge adulte poser mon regard sur mes souvenirs d’enfants, c’est une web page qui
se tourne, une nouvelle qui s’écrit, il y a donc sans doute une douce nostalgie
qui peut émaner de ces compositions. Pour autant je crois que l’émotion dans
laquelle j’étais en écrivant cet album m’appartient, et j’espère que chacun
pourra y trouver ce qu’il cherche !

Ojûn – Anamorphose

Nous avons choisi de faire une première sur
le morceau « Tout Monde ». Quelle est l’histoire qui se cache
derrière ce morceau ?

Je te
remercie d’avoir choisi ce morceau ! Pour moi « Tout Monde » est la
chanson que j’ai trouvée peut-être la plus complexe à réaliser. Cela begin
par une boucle de guitare blues et un dangle. Ensuite j’ai ajouté une sorte de
roulement maloya, du Kayamb, un piker, des voix, des synthés ainsi qu’un Erhu
chinois. Beaucoup de choses donc ! J’ai construit cette chanson de telle
manière que ces éléments puissent se succéder, s’entremêler, apparaître, puis
disparaître avant de finir en une sorte de grand melting pot où tout cohabite !
Mon objectif était de rendre hommage au traité du Tout Monde d’Edouard Glissant
(poète et philosophe martiniquais, ndlr) et à sa pensée si féconde ! Le Tout
monde est une manière de penser la mise en interactions des idées, des
cultures, et des Hommes que je trouve particulièrement constructive. Puisque l’idée
est que chaque tradition s’inter valorise afin de créer quelque selected de tout à
fait imprévu. C’est-à-dire que peu importe le lieu, la custom, ou la tradition
dans laquelle nous vivons, nous sommes tous obligés de tenir compte des autres
langues et des autres processus culturels pour se définir. Nous sommes donc
très loin des anciens absolus consistant à définir des identités de manière
stricte, puisque dans ce monde mondialisé nous portons tous en nous une partie
de l’histoire de l’humanité. En bref c’est un processus d’altérité world, que
j’ai pu observer de manière locale à l’île de la Réunion, et que j’ai essayé à
mon échelle de retranscrire en musique !

Quels seront tes prochains carnets de
voyage sonores ?

A moyen
terme j’aimerai beaucoup travailler autour des îles du Ponant. Je suis très
attiré par la mystique des phares et du monde maritime au sens massive !
J’aimerai cette fois ci ajouter de la vidéo et me rapprocher de ce que Chassol
peut réaliser. An extended terme le projet ultime serait de pouvoir marcher dans les
pas de célèbres explorateurs tels que Ibn Battuta, mais chaque selected en son
temps, dans la scenario actuelle, bien heureux est celui qui peut savoir ce
qu’il fera dans trois mois !

L’album Bat Karé sortira le 12 février sur le label parisien 18 heures 48. Précommandez-le ici.





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