Avant qu’il ne soit divisé en deux territoires en 2011, le Soudan était le plus grand pays du continent africain et du monde arabe, en termes de superficie. Avec près de 500 ethnies et 120 langues, le pays est aussi doté d’une riche tradition musicale qui varie en fonction des régions : « Pour n’importe quel évènement, on fait une chanson, confie le flûtiste soudanais Ghandi Adam. Dans la musique traditionnelle, les gens créent la musique ensemble en fonction de leur environnement : les animaux, les arbres, les objets, les activités en général ».

Flûtiste de renom en son pays, chaque fois que Ghandi Adam insuffle une partie de son âme dans sa flûte traversière, la magie opère. Il n’est pas membre du groupe Yalla Sawa, mais il en est l’instigateur et le parrain. Il faut dire que pour nombre de musiciens exilés, il est devenu une boussole. D’abord parce qu’il a fondé l’affiliation Allamma internationale, qui, avec son réseau associant musique et humanitaire, a donné naissance (avec le label Curuba) aux soirées ethno-électroniques dont est issu, par exemple, le duo Anka Foh, A l’Atelier des artistes en exil, à Paris, Ghandi Adam rencontre l’un des premiers membres du groupe, le guitariste Hamza Boussaoula, originaire du Sahara occidental. 

De fil en aiguille, les musiciens sont de plus en plus nombreux et commencent à former le Lamma Orchestra, lamma signifiant « rassemblement » en arabe : « Le Lamma Orchestra, poursuit Gandhi Adam, c’est un groupe ouvert qui a permis de trouver des musiciens et chanteurs pour Yalla Sawa. On a commencé par faire des jams, des chansons, des concert events puis on a joué dans plusieurs festivals (Africolor, Quais de Seine, BAAM…). Petit à petit, on a eu des chanteurs solides avec Nabil et Nouri et on a commencé à créer Yalla Sawa. » (« allons ensemble » en français). 

Entamant une petite tournée inaugurée par le Trianon – avec le soutien de l’Institut du  Monde arabe et du competition NY Paris-Heritage, Yalla Sawa va enfin pouvoir présenter ses neuf membres. Aux côtés de Marion Porry (chanteuse martiniquaise), Nouri Younis (chanteur soudanais), Nabil Suliman (chanteur soudanais) et Hamza Boussaoula (guitariste/bassiste du Sahara Occidental), on retrouve les trois percussionnistes venus de la capitale du Soudan, Khartoum, avec Basil Kamal Bushra, Dissa Mesh Mesh et Shawgui Omer Nawai, ainsi que la bassiste française Lori O’Regan Ben Salah et le pianiste français Bastien Hartmann.

En prévision des concert events à venir, trois fois par semaine, la petite troupe se rejoint pour répéter. Parfois chez la famille de la chanteuse Gabrielle Hartman, d’autres fois dans un centre Paris Anim’ et souvent au Shakirail – une friche artistique qui suggest des salles à des prix défiant toute concurrence près de Stalingrad à Paris. Ensemble, ils reprennent des classiques de la musique soudanaise parmi lesquels « Ya Gharib », « Ana Bahwak », « Simsim Algadharif », « Habibi taal » and many others. « Au Soudan, dans les musiques traditionnelles, il y a juste des percussions et des voix explique Dissa Mesh Mesh. On les appelle « Haqeeba », « le sac » en français, parce qu’à la radio, il y avait un animateur qui sélectionnait des morceaux à partir de son sac de vinyles. ». 

© Mehdi Sotot
Des chants nilotiques au nilo-groove 

D’une extrême richesse, les reprises de Yalla Sawa s’appuient sur la custom musicale soudanaise en associant des devices comme la basse électrique de Lori et son côté jazz/funk, ou la guitare électrique d’Hamza qui donne une touche rock. Ce savoureux mélange s’intitule Nilo-groove. Inventé par Ghandi Adam, le nom désigne justement la fusion des percussions et chants nilotiques avec le jazz, funk et le reste de la musique : « Le Nilo-groove ça évoque beaucoup de notions, de kinds de musique différents, explique Ghandi Adam. Un seul nom et à l’intérieur tu trouves tout. Au Soudan, on te demande pas quel fashion de musique tu joues. Tu joues de la musique et c’est tout. Mais ici, les gens sont très très précis. La musique est une langue en soit, donc mettre des mots, je ne comprends pas l’intérêt. »

En général, les thèmes abordés traitent de l’amour, de la jeunesse, évoquent la nostalgie du pays… « même les chansons politiques parlent d’amour au Soudan» explique Ghandi, qui connaît la chanson. Il faut dire qu’il a commencé la flûte à quatre ans et qu’à treize, il s’envolait pour la Corée du Nord, participant en 1989 à la 13ème édition du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, la grand messe des pays socialistes. Considéré comme un maître dans son pays, il a parfois rencontré, sans le savoir, les futurs membres de Yalla Sawa : Nouri a joué sous sa path lorsqu’il était à la faculté des lettres à l’université de Khartoum. Le père de Dissa, qui vient d’une famille de musiciens professionnels et jouait des percussions dans l’orchestre nationwide du Soudan, est l’un de ses grands amis.

 

© Mehdi Sotot

En France depuis 2007, Ghandi Adam a utilisé la musique comme un outil pour lier les coeurs et libérer les corps, notamment à travers son affiliation Allamma internationale qui aide les réfugiés à obtenir des visas, des logements and many others. De la même manière, avec le Lamma Orchestra, puis Yalla Sawa, il a permis à des artistes ultra-talentueux, la plupart professionnels dans leur pays d’origine, de poursuivre leur ardour en France. 

Et surtout, de faire briller la musique soudanaise dans toute sa diversité : Nouri et Nabil perpétuent la custom des chants nilotiques avec leur voix d’une douceur exquise ; Dissa, d’origine nubienne (au nord du Soudan), joue du darbouka ; Basil joue des percussions traditionnelles (les bongos soudanais) ; Shawgy, de la capitale Khartoum, a fait ses lessons au sein du groupe Sudan drums ;  Ghandi représente le Darfour où, comme dans le reste du pays, le quotidien est rythmé par la musique : « Il y a un fashion de chant et de rythme pour les récoltes, explique Ghandi Adam. En préparant le repas, on fait de la musique en même temps pour motiver les gens. Pour n’importe quel évènement on fait une chanson. On reprend le rythme de marche des animaux, comme les chameaux, ou alors le rythme du practice… ». « Dans chaque famille soudanaise, tu trouves au moins un ou deux musiciens ajoute Dissa. Tout le monde sait chanter et a une bonne oreille. » 

Sous l’aile bienveillante de ce génial gourou de la musique (qui a développé méthode rapide d’apprentissage de la musique), les artistes de Yalla Sawa sont aussi humbles que doués. Au contact de leurs mains qui rebondissent sur les percussions, de leurs doigts qui caressent le clavier ou les cordes et de leurs voix envoûtantes, le temps s’arrête et la plénitude résonne jusqu’au plus profond des êtres. Rendez-vous au Trianon (Paris), ce lundi 14 juin, ou sur une autre date de leur tournée pour vibrer à leurs côtés. 

Soirée Mix ta Race hommage au Soudan, lundi 14 juin au Trianon de Paris 

© Mehdi Sotot

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